La courbe parfaite
Lundi Le soleil est doux cet après-midi. Je le sens percer à travers les feuilles, striant le sol de lumière sans me zébrer de chaleur. Ma foulée est rapide, mes pas s’enfoncent dans la terre rendue meuble par la pluie qui vient de tomber. Dans cette forêt que j’ai délaissée depuis presque un an, je me sens bondir entre chaque appui. Un drame m’en a éloignée, un autre m’y a ramenée. Alors, je cours vite, pour oublier où je suis. Les chemins serpentent entre les conifères. On peut s'y perdre et s'y retrouver sans jamais s'ennuyer. Une longue ligne droite appelle mon élan. J’accélère. Je ne bondis plus, je vole. Mon cœur pulse, mes cuisses chauffent alors que mes pieds arrachent le sol. Puis quelque chose transperce le silence. Des bruits de baignade. Des rires. Un plongeon, un seul, et le silence juste après - le temps que quelqu'un remonte. À l’époque, elle tenait longtemps avant de reprendre son souffle. Moi, je comptais. Je sens un bourdonnement sourd dans mon crâne. ...